lundi, 28 juillet 2008

Orage d'été

Le temps est lourd. La chaleur est étouffante. Je me surprends réfléchir à deux fois avant de laisser pénétrer une nouvelle bouffée d’air chaud dans mes poumons. Ma peau est moite, sensation insupportable. Le seul contact de mes vêtements m’enflamme. Ma poitrine se soulève. Lentement. Lourdement. À un rythme, qui se veut régulier. Je la regarde et je sais que chaque inspiration, chaque expiration, contribue à augmenter la température de mon corps.
« Mouvement = production d’énergie », j’aurais au moins retenu ça de mes trois années scientifiques.
Je n’ai jamais autant eu envie de croquer dans un glaçon. Au diable les dents sensibles. Une baignoire entièrement remplie de glaçons… Leur contact électrisant avec ma peau chaude et nue. Le rêve…
Une bouteille d’eau de 50 cL à moitié vide et à la fraîcheur douteuse. La réalité.
Je la dévisse. Pose le bouchon sur la table. L’approche de mes lèvres sèches (le Labello a une durée de vie limitée). Je prends mon temps. Je perds du temps. Une seule gorgée. Je ne m’accorde qu’une seule gorgée. Je ferme les yeux pour mieux savourer la fraîcheur éphémère… Je sais que dans une poignée de secondes à peine, j’aurais de nouveau la gorge sèche, la langue pâteuse. J’aurais de nouveau soif.
Assise au milieu des bouquins, je suis censée réviser. Mais comment y parvenir quand tout en moi réclame de l’eau ? Je suis comme cet homme dans Big Fish de Burton. Je suis un poisson en plein désert.

Je rêve d’un orage d’été. Imprévisible, intense, violent et de courte durée. J’aimerais que la vie soit un orage d’été : imprévisible, intense, violente et de courte durée. Je rêve de ses lourdes gouttes de pluie venant s’écraser sur le sol. Je sens l’odeur du sable chaud mouillé. J’ai toujours aimé cette odeur. Petite, je mangeais du sable mouillé. Je me vois dansant, tournoyant sous l’averse. J’entends ma mère qui me demande de rentrer. Je me vois m’allonger sur les dalles fraîches de la véranda. Je porte une jupe en coton qui se soulève quand je tourne, je porte ce t-shirt trop large qui n’est pas à moi. Mes paupières sont closes et pourtant je vois chacune des gouttes qui s‘écrasent sur mon corps, je vois leur violence, je vois leur fraîcheur. Mes vêtements ne font plus qu’un avec ma peau. Un « un » imparfait qui m’empêche de ressentir pleinement ce moment. Je fais glisser ma jupe de long de mes jambes. Je frissonne au contact de mes cuisses avec la fraîcheur des gros carrés de carrelage. Il m’en faut plus. Encore plus. JE fais passer le t-shirt par dessus mes épaules. Mon dos, mes cuisses, mes bras contre les dalles, les gouttes fraîches qui percutent mon visage, s’écrasent sur mes lèvres, sur le coton de mon soutien gorge, rebondissent sur mon ventre, mes jambes, le long de mes bras. J’entrouvre la bouche et elles y pénètrent sans hésiter. Je repasse « Quand il pleut, c’est Jésus qui pisse », j’avais 6ans, j’en rigole. J’entend ma mère me demander de rentrer, elle dit que je suis folle et que je vais être malade ; je ne me suis jamais senti aussi bien.


« Je peux mourir maintenant [....]. Je connais le bonheur. Je n’avais encore jamais éprouvé ça. Je suis tout à fait là où j’ai envie d’être. »
 
 
 
 
25 juillet 2008 - BU